ENLEVEMENTS  -  DISPARITIONS

 

PERSONNES DISPARUES OU DETENUES EN ALGERIE
EN 1962 – 1965
Ouverture des archives

Le gouvernement vient d’autoriser, après les recommandations du rapport DIEFENBACHER et sur la demande du Haut Conseil des Rapatriés, la consultation à titre exceptionnel des dossiers individuels des personnes disparues par les familles concernées.
Cette dérogation a été accordée par le Ministère des Affaires étrangères qui vient de diffuser un formulaire à remplir par les familles.

Chargée de ce dossier au sein du groupe de travail constitué par le H. C. R., j’avais personnellement demandé lors d’une réunion au Quai d’Orsay avec la Mission Interministérielle que ce formulaire précise que les familles pourraient se faire représenter ou accompagner dans leur démarche. Je crains en effet pour ces familles le choc que risque d’entraîner la consultation d’un dossier où bien sûr apparaîtront peut-être quelques détails ignorés jusqu’alors sur les circonstances de l’enlèvement mais où rien ne pourra révéler le sort du parent recherché.

Les familles doivent être conscientes – et pour cela informées avec précaution – du résultat prévisible de leur démarche. L’annonce brutale de cette possibilité offerte risque de faire plus de mal que de bien.
Le Ministère des Affaires étrangères m’a communiqué, ainsi qu’à mes collègues appartenant au groupe de travail du H.C..R. sur les Disparus, la liste des personnes enlevées sur lesquelles un dossier a été constitué. Cette liste comporte 3 192 noms, dont 924 cas d’homonymie. Les dossiers qui sont accessibles se ramènent de ce fait à 2 113 à Paris et 155 à Nantes.
Notre association se tient à la disposition des familles qui le désirent pour vérifier sur cette liste que le nom de leur parent y figure. Elle est bien entendu disposée à leur apporter le soutien moral qu’elles pourraient désirer dans cette recherche que nous savons délicate. (isly26mars@wanadoo.fr)
Précisons que le formulaire de demande de dérogation devra être renvoyé, après avoir été complété, au Directeur des Archives du Ministère des Affaires étrangères, 37 quai d’Orsay 75007 PARIS
Afin de faciliter l’instruction de leur demande, les familles de Disparus sont invitées à joindre les documents justifiant de leur parenté avec la (ou les) personne(s) disparue(s).
Nous souhaitons bon courage à nos Compatriotes devant cette nouvelle épreuve !
Nous continuons à réclamer pour notre part que des recherches actives soient menées pour connaître le sort de nos Disparus : s’ils sont morts, leurs restes doivent être recueillis et une sépulture décente doit leur être donnée ; si certains sont encore vivants, le devoir du gouvernement est d’exiger qu’ils soient libérés…

N.Ferrandis



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Egorgements, Tortures, Mutilations

Dès le début de la guerre d’Algérie, et notamment au cours des années 1954 à 1957, le F.L.N. tente d’asseoir son autorité par la terreur : égorgements, tortures, mutilations… Fermiers isolés, Gardes-champêtres, anciens Combattants, Instituteurs, Médecins du Bled constituent ses victimes de choix. Il ne suffit pas de tuer, d’éliminer, il faut faire souffrir pour mieux effrayer, pour l’exemplarité. Les « Européens » sont bien sûr les cibles naturelles, mais les « Musulmans » favorables à la France payent un tribut encore bien plus important. Avertissement sans appel : lèvres et nez coupés sanctionnent impitoyablement la consommation d’alcool ou de tabac… Et c’est un moindre mal !

 

En ville : les bombes, le terrorisme aveugle

En 1956 – 1957, le terrorisme urbain aveugle est systématisé à son tour, un nouveau cran est franchi dans l’escalade. Il s’agit alors de transporter la terreur au cœur même des villes. C’est l’époque des bombes dans les autobus, des grenades aux terrasses de cafés, des lampadaires piégés… Plus les victimes apparaissent innocentes, plus les imaginations sont frappées.

Les attentats à la bombe ont fait de nombreuses victimes parmi les enfants. les photos ci-dessus ont été prises dans les hopitaux d'Alger.

 

A partir de 1958: le F.L.N aux abois

Revirement : à partir de 1958, le F.L.N. démantelé, traqué, entre en hibernation. Finie l’époque suicidaire des katibas, il en est réduit à la simple recherche de survie. Les barrages aux frontières tunisienne et marocaine ont tari l’approvisionnement en armes et munitions, ils interdisent tout mouvement de troupes et donc tout renfort. Les fellaghas fuient, chaque fois que possible, l’affrontement avec des troupes aguerries, de mieux en mieux adaptées, de plus en plus expérimentées. Le F.L.N. concentre ses efforts sur la population civile, essentiellement sur ses coreligionnaires. Il y est puissamment aidé, encouragé par les errements de la politique du général de Gaulle qui conduit de plus en plus ouvertement vers l’abandon.

Le processus d’abandon : Barbouzes contre O.A.S.

Devant la grogne de l’Armée, face à la résistance opiniâtre de la population européenne et au développement de l’O.A.S., le pouvoir gaulliste n’hésitera pas à employer les moyens extrêmes et à mettre en place des équipes de « barbouzes » qui, au début de l’année 1962, inaugureront la méthode des enlèvements. Des militants et des personnalités connues pour leurs sentiments « Algérie Française » disparaissent et sont retrouvés le plus souvent assassinés.

Le commencement de la fin : les enlèvements

C’est immédiatement après le pseudo cessez le feu officiellement entré en application le 19 mars que des commandos F.L.N. fortement implantés dans les quartiers musulmans des grandes villes, désertées par l’Armée Française, reprendront à leur compte, en l’amplifiant, cette technique épouvantable et traumatisante. Les enlèvements deviennent désormais quotidiens. Plus discrets que les attentats, leur violation du cessez le feu est moins visible. Les autorités françaises récemment installées, triées sur le volet et dûment chapitrées, sans le moindre état d’âme, respectent et font respecter à la lettre les consignes reçues. Nombreux seront même les responsables zélés qui les devanceront et se rendront complices de l’épuration à grande échelle entreprise par le F.L.N.. La technique du rapt déclenche une psychose de terreur qui très vite pousse les Européens à l’exode. C’est ainsi que, dans la zone autonome d’Alger, « Si Azzedine », l’ancien commandant de la willaya 4, généralise cette pratique dont il deviendra le théoricien dans son ouvrage « Et Alger ne brûla point ». Alors que les files d’attente s’allongent interminablement autour des aéroports et sur les quais d’embarquement, des équipes de plus en plus nombreuses, de plus en plus sauvages, enlèvent en toute impunité, souvent en présence de troupes impuissantes, celles et ceux qui ont le malheur de se trouver sur leur chemin. Alger n’est bien entendu pas seule à payer. Oran connaît les affres de la tragédie aussitôt après l’indépendance… Quelque 400 000 Français demeurent encore en Algérie, dans l’expectative ou dans l’attente du départ, début août 1962, mais très vite le phénomène prend de l’ampleur, tarissant tout espoir.

Ils seront moins de 100 000 en septembre et leur nombre s’amenuisera sans cesse.

Des pieds-noirs quittent les géoles algeriennes plusieurs mois apres l'indépendance. Beaucoup de leurs semblables passeront, eux, aux oubliettes de l'histoire ...

Les Disparus

Combien seront-ils, ceux de nos Compatriotes à connaître ce sort affreux des « Disparus » ? Le Secrétaire d’Etat aux Affaires algériennes, Jean de Broglie, évaluera le nombre des personnes enlevées à 3 018. Mais que penser de ces chiffres, forcément minorés, raison d’Etat oblige, surtout lorsqu’ils sont avancés par l’un des négociateurs des accords d’Evian ?. 1 300 seront libérées, 800 seront présumées officiellement décédées. Mais nous savons combien fortes ont été les pressions exercées sur les familles pour les persuader de reconnaître le décès des malheureux disparus, formalité présentée comme plus simple et moins coûteuse que la déclaration d’absence…

Les Survivants ?

Que sont devenus les survivants ? De nombreux témoignages, souvent tardifs, réticents ou étouffés (circonstances obligent) feront état de camps de travail et d’extermination dans l’intérieur du pays… Les autorités françaises les accueilleront toujours avec scepticisme. Elles ne s’impliqueront jamais dans la quête de ces « Disparus » et observeront la plus grande discrétion sur ce sujet-tabou. Les autorités algériennes, quant à elles, argueront de recherches infructueuses en dépit de toute leur bonne volonté affichée…

Les recherches

Tous les efforts menés pour lever l’insupportable chape de plomb qui pèse sur ce drame affreux sont demeurés vains à ce jour. Sous l’impulsion du Colonel Hervé de Blignières, Président de l’Association de Sauvegarde des Familles et Enfants de Disparus*, et du Capitaine Marc-Louis Leclair, son secrétaire général, les inlassables coups de boutoir se sont enlisés, d’année en année. Publié en 1963, le rapport implacable dressé par la Commission Internationale de Recherche Historique sur les Evénements d’Algérie, composée de l’ancien Gouverneur général Jacques Soustelle, du Général français Bouvet, du Capitaine Leclair et de trois ressortissants suisses, dont le Général Colladon, est demeuré confidentiel. Les innombrables démarches tentées auprès des autorités gouvernementales françaises et algériennes n’ont jamais abouti.

« Eh bien, ils souffriront ! » avait lancé brutalement le général de Gaulle, à la veille de l’abandon de l’Algérie. Eh bien oui, ils ont souffert !

Et nombreux sont ceux qui souffrent encore !

Citons, pour conclure, ces paroles du Colonel de Blignières, prononcées en juin 1982 et, hélas, toujours d’actualité : « Par delà les amnisties, les indemnités, les reconversions, les commémorations, il y a ceux qui n’ont même pas une tombe pour pleurer leurs disparus. Des milliers de familles françaises s’interrogent encore sur le sort de l’un des leurs, enlevé dans l’effroyable désordre provoqué par les accords d’Evian. Certaines se sont résignées, comme on se résigne à un mal incurable ; d’autres espèrent encore contre toute espérance en dépit de la chape de plomb que la Vème République, née du sursaut de sa province algérienne, a délibérément laissé tomber sur cet épisode tragique d’un abandon peu glorieux. »

* L’Association de Sauvegarde des Familles et Enfants de Disparus (A.S.F.E.D.) est aujourd’hui animée par le Colonel Gaston Bautista,…